Jouer

La musique instrumentale est un jeu, comme le théâtre, comme tous les arts vivants. On joue, on incarne, on transforme, on scande, on sculpte, on projette, on compare, on invite, on invente, on insiste, on échoue, on défend, on séduit, on partage. Les 21 années passées au sein du Quatuor Ebène ont été la plus belle école de jeu, tout comme une école de vie.
Le quotidien avec l’instrument, au plus près d’autres subjectivités, s’inscrit dans un élan gourmand et ambitieux de saisir la beauté de ce répertoire fascinant, et surtout de le porter à l’équilibre et au plus puissant, malgré la fragilité extrême de cet organisme (4 fois le même instrument, sans accord préétabli, une cauchemar où passer d’un croquis à un produit fini peut demander des mois de travail harassant rien que pour tomber d’accord sur des coups d’archet ou une intonation cohérente).

La vie de violoncelliste -et parfois comme pianiste ou avec des instruments inattendus qui pratiqués pour le plaisir sont un grand enseignement-permet de rencontrer des partenaires de vie, des modèles d’inspiration, des miroirs qui révèlent ce dont on ne se croit pas familier. Le jeu, c’est aussi le verbe, c’est l’exagération d’une pensée qui ne prend forme qu’en sons, « ce que l’on ne peut dire et ce que l’on ne peut taire, seule la musique l’exprime » (V. Hugo). La personnalité de Nicolas Altstaedt (le concerto, les concerts avec Ebène), de Pierre Fouchenneret, de Simon Zaoui (l’intégrale Fauré) rencontrées en cours d’étude alors que l’on se connaît encore si mal, ouvrent les portes d’une multitude de projets que caractérise une réelle maturation, hors de toute notion de valeur, résultant d’une germination où le travail et le lien d’amitié interagissent continuellement. Ouvrant l’éventail des rencontres, les étincelles passent d’une oreille à l’autre. Des messagers de musique paraissent aux antipodes, et on s’étonne un jour de les rencontrer en chair et en os : les longues nuits d’improvisation avec Kevin Seddiki, invitent à arranger et écrire, les longues et délicieuses années de Quartett de jazz avec Julien Soro font découvrir en 1998 Brad Mehldau, les concerts et séances studio avec Arnaud Thorette & Johan Farjot font ricochet de la voix de Karine Deshayes. Et puis, les aventures concertantes avec Leo Warynski et Kanako Abe.

Remercions ici Colette Combourieu, Lionel Michel, Liliane Wagner, Igor Kiritchenko, Élisabeth Besnard, Alain Crossa Rossa, Xavier Gagnepain, Hortense Cartier-Bresson, Philippe Muller et bien d’autres passeurs, pédagogues et partenaires de scène.